Stérilisation préventive de la lapine : Conduite à tenir

(Consensus adopté par les membres de l'association RevelNAC en juillet 2014)

L'ovario-hystérectomie peut être considérée comme un acte de prévention lorsqu'elle est pratiquée entre l'âge de quatre mois et deux ans. Au-delà de deux ans, la stérilisation reste indispensable mais ne peut plus être assimilée à une chirurgie de convenance.

Consultation préopératoire

  • La vérification du sexe en présence du propriétaire est impérative.
  • Un examen clinique classique est réalisé comprenant notamment une auscultation cardiorespiratoire attentive et un examen des dents à l'otoscope. La palpation abdominale doit être souple et non douloureuse. Une pesée doit être réalisée systématiquement le matin de l'intervention.
  • Un bilan préanesthésique doit être systématiquement proposé. Ce bilan permet d'évaluer le risque anesthésique et d'adapter le protocole utilisé.

Protocole anesthésique

  • Si l'anesthésie du lapin ne présente plus actuellement de risque majeur, elle reste plus risquée que celle des mammifères couramment soignés en clientèle vétérinaire. Il faut donc utiliser un protocole maîtrisé et adapté à un patient à risque afin de limiter les accidents anesthésiques. Les phases les plus dangereuses sont l'induction et le réveil. Tout au long de ces phases, un auxiliaire vétérinaire expérimenté doit être présent.
  • La durée de l'anesthésie, et donc les temps consacrés à la préparation chirurgicale puis au temps opératoire, conditionne également la sécurité de l'anesthésie, quels que soient les protocoles et précautions mis en oeuvre. En moyenne, 15 minutes doivent suffire à un chirurgien expérimenté pour réaliser le temps opératoire, c'est à dire de l'incision cutanée au dernier point.

Prémédication :

  • Une induction directe au gaz est déconseillée. Une prémédication est indispensable.
  • L'association d'opiacés à des benzodiazépines (midazolam de préférence pour son administration SC ou IM à résorption constante) ou à des alpha2-agonistes est très intéressante chez le lapin.
  • L'analgésie peut être assurée par l'utilisation de morphiniques. La morphine semble avoir peu d'effets secondaires digestifs chez le lapin.

Monitoring :

  • La présence constante d'une personne chargée de surveiller l'anesthésie est indispensable (vétérinaire ou ASV).
  • Un monitoring doit être assuré : oxymètre, ECG ou opérateur avec un stéthoscope oesophagien1. L'utilisation d'un capnographe est recommandée si le lapin est intubé et est indispensable lors de l'utilisation de masques laryngés. La mise en place d'une sonde rectale de température est recommandée.
  • Les critères de surveillance anesthésiques sont similaires aux carnivores: fréquence et ampleur des mouvements respiratoires, réflexes cornées et palpébraux, nociception... Attention, la persistance de ces réflexes est variable selon le protocole anesthésique utilisé.

Voie veineuse :

  • Un cathéter intraveineux doit être posé. Les sites possibles sont la veine marginale de l'oreille2, la veine céphalique ou la veine saphène latérale.

Protocole anesthésique :

  • L'anesthésie gazeuse est indispensable (sévoflurane ou isoflurane) même si elle ne peut à elle seule procurer une anesthésie de qualité apportant narcose, analgésie, myorelaxation et sécurité.
  • Anesthésie locale: une anesthésie traçante de la ligne blanche et des splash block sur les pédicules ovariens sont recommandés à l'aide de lidocaïne (un couplage avec la bupivacaïne est possible). Une dilution maximale de 50% est possible. Au-delà, il y a une perte de l'efficacité analgésique.
  • L'induction peut être réalisée directement par voie gazeuse ou d'abord par voie injectable.
  • L'anesthésie est maintenue par voie gazeuse (isoflurane ou sévoflurane) à l'aide d'un masque ou après intubation (à préférer dans le cas du sévoflurane).

Respect des bonnes pratiques chirurgicales :

  • Tonte: attention la peau du lapin est fragile. Une tondeuse appropriée est nécessaire.
  • Asepsie chirurgicale: Le nettoyage doit limiter les risques d'hypothermie. L'asepsie est identique à celle effectuée chez les carnivores domestiques (casaque et gants stériles, masque, charlotte, champ transparent stérile facilitant la surveillance anesthésique).
  • Antibioprophylaxie : comme chez les carnivores domestiques, elle est inutile en l'absence de faute d'asepsie.
  • Maintien de la température corporelle (utilisation de tapis chauffants, bouillottes, etc... en faisant attention au risque de brûlure) et de la pression artérielle (fluidothérapie intraveineuse)

Technique opératoire :

  • La technique chirurgicale est similaire à celle utilisée chez les carnivores mais la lapine présente quelques particularités: incision cutanée et musculaire précautionneuse pour ne pas léser le caecum, très proéminent dans la cavité abdominale.
  • L'ovario-hystérectomie doit être systématique chez la lapine, quel que soit son âge.
  • Une vaginectomie partielle est indispensable avec ligature séparée vasculaire puis vaginale. Il faut faire attention de ne pas léser les uretères lors des ligatures (au niveau des pédicules ovariens mais également de l'abouchement vésical).
  • La fermeture du plan cutané peut être réalisée par des points simples, un surjet cutané mais également un surjet intradermique ou l'utilisation de colle chirurgicale.
  • Aucun pansement n'est posé.

Suivi post-opératoire :

  • Le maintien sous oxygène et des mesures de réchauffement sont recommandées en phase post-opératoire immédiate. La surveillance du réveil doit être effectuée par un auxiliaire vétérinaire jusqu'à l'observation du décubitus sternal.
  • Une analgésie postopératoire immédiate est réalisée à l'aide d'AINS potentiellement associés à un morphinique tel la buprénorphine, une fois que l'animal est correctement réveillé. Un traitement analgésique AINS est ensuite poursuivi pendant 3 à 5 jours après la chirurgie.
  • La pose d'une collerette de manière préventive est inutile.
  • L'hospitalisation peut être proposée jusqu'à observation d'un comportement normal et d'un appétit spontané.
  • Une surveillance du transit est indispensable. Un traitement de maintien du transit peut être réalisé dès la phase préopératoire et peut être poursuivi dans les 48h qui suivent (gavages avec un aliment adapté et gastrocinétique).

Conseils postopératoires au propriétaire :

  • Surveillance de l'appétit et du transit notamment dans les 48 premières heures
  • Eviter les sauts et les efforts pendant 3 jours
  • Surveillance des fils. Si la lapine touche à ses fils, la pose d'une collerette est possible
  • Un contrôle clinique est recommandé 10-15 jours après l'intervention.

 

1. Attention, le stéthoscope oesophagien peut induire un malaise vagal important particulièrement chez les petits lapins

2. Différent de l'artère médiale de l'oreille ! Placer un tuteur de coton ou compresses dans l'oreille cathétérisée. Scotcher (bande cohésive) les deux oreilles entre elles pour que le cartilage ne s'abîme pas. Ne pas administrer de produits irritants (attention à la kétamine).

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